Le Kif au Kef !

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1ère escale : Une petite halte chez Sidi Ali Ben Aissa !

Le mausolée de Sidi Ali Ben Aissa situé dans l’ancien complexe religieux;  « Zaouïa » de la confrérie Rahmania est aujourd’hui transformé en Musée régional des Arts et des Traditions populaires.
Dès l’entrée, deux femmes avec leur costume de mariage traditionnel, entourées de leurs produits de maquillage  (henné, écorce de noyer, flacons à parfum, Harquous, cou de girofle, fioles….).
Je les imagine, je les entends de loin avec leurs parures aux poignets et aux chevilles, si secrètes et mystérieuses avec leurs précieuses amulettes renfermant leur contrat de mariage qu’elles gardaient si près d’elles.
Est-ce une façon d’imposer leur statut de femme mariée?  Chaque bijou a son histoire et surtout un intérêt. J’apprends également qu’elles portaient dans leur collier lourd en argent, des documents confidentiels qu’elles remettaient aux officiels sous le protectorat français en 1881. Que dire des boucles d’oreille traditionnelles, lourdes à porter qu’elles accrochaient à leur foulard et où pendaient des symboles.
Que voulaient-ils dire ? Le nombre d’enfants par sexe au sein de la famille: ainsi les petites mains de Fatma correspondaient aux filles et  les croissants aux garçons.

D’autres pièces se dévoilent : celles de la poterie et ses marmites artisanales, l’ancien Keskes, les différents Kanouns, les encensoirs, et les vases à lait caillé ; les réserves et ses grandes anciennes jarres où on gardait le couscous, le Kadid, le Bourghoul et la Mhamsa.
C’est une salle importante dans la vie des femmes keffoises car elles constituaient leur dépôt avec soin et attention pour bien vivre un hiver rude.

Enfin, je fais un détour par les différentes plantes médicinales (coquelicot, thym, eucalyptus, romarin, ortie brûlante….) ou encore les traitements prônés par les anciennes tribus du Kef qui révèlent des petites histoires surprenantes : par exemple, celle du clou du navire. Les femmes demandaient de l’argent à quarante hommes qui portaient le prénom de Mohammed puis une fois la somme réunie, elles achetaient un clou de navire qui est un porte-bonheur, au 40ème jour après l’accouchement. Pourquoi, quarante ? Tout simplement parce que ce chiffre représente également le délai de fin d’un deuil, car pendant ces quarante jours, on considérait que la tombe de la femme est ouverte. Le clou du navire lui portait chance afin de passer ce délai dans la quiétude.

Le Musée révèle ses surprises avec ses quatre salles intéressantes sur la vie traditionnelle de la médina du Kef, des petits villages et de la campagne du Haut-Tell Tunisien.

2ème escale : La fête du Mayou ou l’histoire du Borzguen

Ma précieuse rencontre avec Rachid Bouallegue n’est pas banale, elle est émouvante car je l’écoute comme une petite fille regardant son père qui conte l’histoire des anciens avec ses proverbes arabes ironiques, amusants et beaux à entendre. Mes yeux pétillent et je me laisse, encore une fois, bercer par ces histoires du Kef.
Rachid Bouallegue est le Directeur Technique de l’Association de Sauvegarde de la Médina du Kef depuis 1977. 
Il passe sa vie à restaurer les monuments historiques de la ville.
Nous sommes installés au pied du très beau mausolée de Sidi Bou Makhlouf surmonté d’un élégant minaret octogonal et symbole de l’Islam. Il n’est pas tout seul à siéger sur les hauteurs du Kef, dans cette grande place. En effet, d’autres civilisations ont laissé leur trace : La Kasbah avec la civilisation byzantine et ottomane, et le Monument à Auges- la Basilique de l’époque romaine. Selon Rachid, la gastronomie et le carnaval marquent la tradition populaire de la Médina du Kef.
Chaque recette a son histoire et ses symboles selon des jours bien précis. 
Le 14 de chaque mois du calendrier grégorien correspond à une saison qui est célébrée par les habitants.
Par exemple, le 14 Mars est dédiée à la récolte, au blé; le 14 Avril, c’est la fortification du grain, l’arrivée de la pluie abondante, et le 14 Mai, c’est l’accueil de l’été célébré par la fête du Mayou. Une journée riche en rites et traditions dans la mesure où les anciens se levaient tôt, aux aurores pour se rendre vers une source d’eau chaude. Ils y allaient pour  prendre sept cailloux qu’ils disposaient au-dessus de la porte de la maison et rapporter de l’eau qu’ils versaient dans les coins. La légende dit que, suite à ce rite, les villageois se sentaient protégés contre les animaux venimeux comme le scorpion.
Le Mayou, c’est aussi le Borzguen, ce délicieux plat de couscous au beurre et au sucre, avec sa viande d’agneau fondante cuite à la  vapeur et au romarin, sans oublier le sucré doux et subtil des dattes qui se marient à merveille avec les fruits secs. D’antan, le Borzguen se mangeait avec un bol de lait caillé et de  la salade romaine. 
Nous l’avons dégusté comme le faisaient les anciens. La salade romaine est appréciée par les romains car il se disait  qu’elle chassait les bactéries logées dans les intestins et l’estomac. Les Puniques aimaient les fruits secs. Le  couscous, le beurre, le lait, la viande et les dattes étaient les mets préférés des Numides et des Berbères. 

3ème escale : La R’Fissa…Tout sucre tout miel

Nous n’en finissons pas de déguster car je me rends avec plaisir chez Louisa qui nous prépare la R’fissa et des Makroudh aux dattes avec une pâte de couleur brune et blanche, dont elle a l’unique secret. Le seul indice que j’ai repéré et qui, ma foi, n’est pas difficile à sentir : la fleur d’oranger. Revenons à la R’fissa de Louisa qui ne se lasse pas de la préparer pour le plaisir des keffois et des visiteurs. La Rfissa, ses dattes, son pain émiétté , el Rougheg, l’huile d’olive et le sucre. C’est un plat qui est consacré aux festivités, même si les keffois le mangent souvent au petit déjeuner.
Servi chaud, c’est un délice sucré !

4ème escale Althiburos,la Numide

Nous nous éloignons du Kef, et à 15 kilomètre, nous retrouvons le site archéologique d’Althiburos, ses ruines, et surtout sa présence mystérieuse qui nous laisse songeurs. Toute une vie, toute une civilisation a vécu sur ses terres de Dahmani-Medeïna. Peu de fouilles archéologiques pour cette ancienne cité numide qui s’étend, à perte de vue, sur les champs de blé. Alhiburos est située sur la voie romaine qui reliait Carthage à Sicca Veneria (Le Kef). Elle était une ville prospère mêlant des structures pré-romaines et des stèles néopuniques qui parsèment les alentours du site. En effet, la civilisation punique de Carthage a laissé un précieux legs qui saute aux yeux dès que nous entrons dans le site !

5ème escale

En visitant le site archéologique d’Althiburos, à Médeina Dahmani dans les environs du Kef, on me chuchote le nom d’Ammar Belghith, le peintre aux trente chats, qui a installé son atelier dans une grotte. L’anecdote est cocasse car il se dit qu’un villageois est venu admirer ses peintures, l‘une d’elles lui plaît beaucoup car il est touché par la beauté d’un grand chat peint avec amour et noblesse.
Le villageois ne tarde pas à exprimer sa joie et il lui dit «  Peins, si tu le souhaites, je te ramènerai trente chats pour te voir continuer à peindre ». La terre de ses origines, la liberté de peindre, l’inspiration sans commune mesure et en pleine harmonie  avec la nature ont permis à l’artiste d’ancrer sa galerie dans la grotte. Ce fabuleux peintre a fait ses armes en France, en Thaïlande, et aux Philippines avant de rentrer en Tunisie. Il me parle de la liberté de créer dans cet espace de travail et d’exposition qui n’a pas altéré le caractère brut de la nature. Ammar raconte avec malice et humour ses petites anecdotes comme la mule qui l’a aidé à rénover la grotte car pour s’y rendre, ce n’est pas une mince affaire. Ce lieu insolite nous étonne à chaque fois, et je finirai en vous racontant une dernière légende qui est  celle de Lella Cherda, la Sainte locale. Obligée de se marier jeune, elle en pleure tout le temps. Elle implore Dieu pour éviter le drame de sa vie. Sa prière est entendue, elle se transforme en colombe et elle se réfugie dans la grotte. Depuis, les habitants lui font une « zerda», tous les ans, en préparant le couscous avec de la volaille. Ils mettent un plat de couscous dans un des coins de leur maison et ils le dissimulent derrière  un rideau. Une surprise les attend le lendemain matin car ils trouvent le plat, en partie, entamé.

6ème escale Ces bons chers Keffois !

Ce court séjour au Kef, ce doux moment passé avec les habitants qui m’ont ouvert généreusement leurs portes, s’est réalisé grâce à Leila Boulifa. Je tiens à la remercier et ces quelques mots ne suffiront pas. Elle m’a donné une belle clé et je l’ai prise spontanément pour découvrir la terre de ses origines.
Leila est un peintre, c’est une artiste qui puise son énergie dans la terre de ses ancêtres. La nostalgie, l’amour du Kef l’emparent et elle décide d’y consacrer le chemin de sa vie. Elle nous réserve une belle surprise que je garde pour moi, cher lecteur….vous ne tarderez pas à le découvrir bientôt !
Je me ferai une joie de vous en parler ! Leïla Boulifa, Faouzia Boulifa, Rachid Bouallegue, et toutes les autres personnes qui nous ont accueillis chaleureusement. Merci encore une fois, vous tous, chers et adorables keffois.


La R’Fissa…
La R’Fissa…

De
Sanafa
le 11-05-2014

  • Pour
    6
    Personnes
  • Préparation
  • Cuisson
Ingrédients

La pâte

1kg de semoule fine

1 verre de thé d’huile d’olive

1 cuillère à café de sel

De l’eau tiède

500 g de dattes

300 g de beurre

300 g de sucre (au choix)

Préparation

1 Commencez par préparer la pâte en mélangeant le tout : semoule, huile d’olive, sel et eau tiède.

2 Une fois malléable, laissez reposer 15 à 20 minutes puis pétrissez bien jusqu’à obtenir une pâte molle.

3 Chauffez le tagine ou le moule pour faire cuire le pain. Faites des petites boules et aplatissez-les avec un rouleau à pâtisserie.

4 Faites cuire à feu moyen, des deux côtés, pendant 5 minutes puis coupez-les en petits morceaux.

5 Prenez les dattes, dénoyautez-les et coupez-les en petits morceaux.

6 Faites fondre le beurre et mélangez-le avec le sucre, les morceaux de datte et le pain émietté.

Borzguen
Borzguen

De
Sanafa
le 11-5-2015

  • Pour
    4
    Personnes
  • Préparation
  • Cuisson
Ingrédients

1 kg et demi de viande d’agneau

1kg de couscous fin

500 g de beurre

1/5 l de lait

1 kg de dattes (dénoyautées et coupées en deux ou en quatre)

Du romarin frais

De l’eau et du sel

Des fruits secs grillés à volonté (amandes, noisettes, noix, pignon …) concassés.

Préparation

Préparation du couscous :

1 Préparez et mélangez le couscous avec de l’huile d’olive. Faites-le cuire à la vapeur (s’il s’agit d’un couscous fait maison) sinon arrosez le couscous acheté du commerce avec de la fleur d’oranger. Il faut s’assurer que la graine de couscous soit bien tendre.

2 Une fois cuit, ajoutez un peu de beurre au couscous et laissez-le se reposer dans un grand récipient ou bien Kassâa.

3 Entre-temps préparez la sauce : faites fondre 250 g de beurre et mélangez-le au lait chaud.

Préparation de la viande :

4 Mettez la viande d’agneau en morceaux de taille moyenne dans une marmite, faites-les cuire dans 2 l d’eau et une grande quantité de romarin.

5 Une fois la viande cuite, réservez. Gardez le bouillon de cuisson après l’avoir filtré et mélangez-le avec la sauce. Saucez le couscous avec ce mélange.

Pour le servir :

Dans une assiette, mettez le couscous et garnissez-le de fruits secs et de dattes. Saupoudrez-le avec du sucre. Puis ajoutez une autre couche de couscous, de la viande et garnissez avec des fruits secs.

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